
Comme on l’a raconté précédemment ici, deux projets d’usines à saumon ont échoué en France. Mais les industriels s’entêtent et l’État les encourage : il est donc temps d’en ajouter un troisième à la liste ! Les collectifs Estuaire 2050 et la Fraie Sauvage s’en chargent avec le soutien d’une large coalition. À leur appel une grande manifestation avait eu lieu début janvier pour monter la force et la diversité de l’opposition. Cette opposition s’est largement exprimée lors de l’enquête publique.
Pendant la procédure administrative la mobilisation a continué sur tous les fronts, avec notamment une tribune signée par 200 personnalités ou une proposition du moratoire déposée à l’Assemblée Nationale. Et pour marquer encore plus les esprits Roman Cardot qui a traversé l’estuaire de la Gironde à la nage.
Face à ces alliances, cette créativité et ce rejet massif du projet, la préfète de Gironde aurait pu tirer un trait sur l’histoire, mais elle suit la procédure bureaucratique et sollicite l’avis du Conseil de la prévention des risques technologiques (CoDERST). Celui-ci s’exprime le 2 juillet. Alors que 250 personnes sont venues manifester sous leurs fenêtres, le Coderst se prononce à 14 voix pour et 8 contre – mais on note que ce sont les personnes les plus expertes sur les enjeux hydrogéologiques qui ont voté contre. La Préfecture utilise donc le Conseil à contre-emploi, pour faire taire l’expertise scientifique au profit de risques technologiques.

Le scandale continue le 4 août, avec la signature par la préfète de Gironde d’une autorisation soi-disant environnementale pour un projet auquel toustes les écologistes s’opposent. La représentante de l’État qui va à contre-courant d’une des plus grosses mobilisations autour d’une enquête publique : comment ne pas penser que le gouvernement traite la démocratie environnementale comme une farce ?

La réaction n’attend pas : deux collectifs d’élu.es – charentais.es et girondin.es – se créent en septembre et trois recours différents sont menés en justice contre le projet. L’autorisation environnementale est attaquée par un consortium de 34 associations ! Le recours au tribunaux n’arrête pas la mobilisation sur place, et le 18 octobre une nouvelle manifestation est organisée.
À 10h30 pour rejoindre le Verdon-sur-mer il y a déjà près de 400 personnes à Royan qui veulent prendre le bac pour traverser. Une partie est déjà à bord lorsque la direction refuse de laisser embarquer leurs camarades ! La police s’en mêle, un député aide à négocier, tout le monde tien bon et l’affaire se démêle.
Une fois la manifestation lancée on voit qu’elle a doublé de taille par rapport à celle de janvier. L’État permet ce type de projet en contournant l’avis populaire et scientifique ? Grâce aux travail des collectifs ça ne passe pas, et la mobilisation ne fait que s’accentuer. Comme on le voit avec le mouvement social actuel, seule la lutte paye : en Gironde comme ailleurs elle n’est pas prête de s’arrêter. No poissaran !
Photos : collectif Estuaire 2050
