Savez-vous ce qu’est un SAGE ? Il s’agit d’un Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux qui décide des politiques de l’eau à l’échelle des bassins versants. Il est composé pour moitié des collectivités locales, pour un quart de représentant.es de l’État et pour le dernier quart d’usager.es. Ces organismes reste critiquables – notamment pour la part de l’État et le type de réprésentant.es des usager.es – mais les SAGEs sont des endroits intéressants où vit une forme de démocratie environnementale.
Et justement le SAGE de la Vilaine, le plus grand de France, a été le cadre de discussions et négociations prometteuses pour le bien commun. Parmi ses propositions pour le nouveau Schéma se trouvait la réduction de certains pesticides à proximité des aires de captage d’eau potable. Il était prévu une bonne enveloppe pour la transition des activités agricoles. Mais alors que les discussions devaient se poursuivre le 16 janvier un blocage mené par les représentat.es de l’agro-industrie (FNSEA, CR, JA) a physiquement empêché la réunion d’avoir lieu.
Ce coup de force contre une institution républicaine n’a pas été empêché par les forces de l’ordre ni n’a été dénoncé largement par les élu.es ou médias. Pire, il est doublé par un coup de force politique orchestré par le gouvernement. En effet, celui-ci a décrété le 13 janvier un moratoire sur les décisions locales liées à l’eau. En parallèle il fait appliquer par les représentant.es de l’État une politique de la chaise vide qui rend impossible la tenue effective des réunions du SAGE.

Voilà où nous en sommes : d’un côté l’intimidation physique menées en toute impunité contre la démocratie environnementale. De l’autre des méthodes minables pour saboter leur fonctionnement afin que l’État central reprenne la main sur des décisions prises par les réprésentant.es des citoyen.nes. On a vu entre-temps ce que le gouvernement compte faire des pouvoirs qu’ils a confisqués : une loi d‘urgence agricole. Malgré une opposition importante de la société elle prévoit la casse la protection de l’environnement et des populations sans résoudre les difficultés des agriculteurices.
Face à cela, une importante manifestation a été organisée le 7 juin à Rennes par une cinquantaine d’associations et syndicats. Leur demande principale, la fin du moratoire gouvernemental sur les décisions locales concernant l’eau. En clair, restaurer le SAGE Vilaine saboté par l’État tout en montrant un soutien populaire pour un organisme démocratique menacé par le force physique.

Des membres de RAFU étaient à la manifestation et peuvent témoigner que, de notre côté, les manifestations relèvent bien plus de la joie que de l’intimidation. Le rassemblement a commencé par un immense banquet sur le mail, entouré par de multiples stands d’associations et de collectifs – ainsi qu’un stand de glaces paysannes qui a eu son succès. Nous nous tenions près de la fanfare qui accompagnait la déambulation. La musique a continué après les dernières prises de paroles, avec un bal qui a permis de finir sur une note joyeuse.
La foule était grande et belle, mais encadrée par des policier.es méfiant.es. Quelle leçon en tirer ? Cette mobilisation d’un gran nombre d’organisations et d’individus permettra-t-elle de restaurer la démocratie de l’eau ? Il n’est pas aisé d’y croire alors que le gouvernement érode et la démocratie et les garde-fous environnement. Sa réponse au militantisme écologique est hostile, tandis qu’il récompense les coups de force de l’agro-industrie. À nous, depuis nos luttes contre les fermes-usines, d’avancer avec détermination, sans illusions mais pas sans intelligence.
Photos : RAFU

